C’est une presse apparemment ravie qui, jusqu’au-delà de nos frontières, s’est récemment fait l’écho de la rénovation dans le style « Versailles » de cinq rames supplémentaires de la ligne C du RER. Comprendre, le rhabillage des vieilles automotrices Z 5600 aux couleurs des « lieux incontournables » du Château de Versailles, l’un des terminus de la ligne. Pour vous faire une idée, voyez plutôt ci-dessous.

Une opération séduction sensée plaire au visiteur – et au travailleur – du mois de juillet qui, à défaut d’un train sûr, propre, ponctuel et climatisé, se contentera d’un séjour à bord d’une maison de poupée brinquebalante. Avouez que pour faire passer la pilule, la méthode est plutôt audacieuse.

Quand l’arbre cache la forêt

Nos journalistes naïfs ont-ils bien la tête sur les épaules ? N’entrevoient-ils donc pas la dure réalité que masque cette opération de pure cosmétique ? L’agence Monik on Board, elle, n’en pense pas moins. À notre sens, la rénovation tant louée dénote avant tout et surtout l’incurie devenue chronique de la SNCF en matière d’exploitation. Les sommes faramineuses qu’engloutissent ces relookings hideux feraient mieux d’être consacrées à l’amélioration urgente de la qualité de service et du matériel roulant sur cette ligne. Les usagers du quotidien, eux, pourront bien attendre. Dieu sait pourtant si ardemment ils désirent une mise en œuvre accélérée du schéma directeur de la ligne, censé apporter des réponses idoines aux impérieux problèmes qu’elle connaît.

Je n’ose même pas ici parler d’esthétique. La laideur patente de ce nouvel accoutrement est révélatrice du mauvais goût généralisé qui, depuis une dizaine d’années maintenant, semble s’est emparé de notre opérateur national : du choix du nouveau logo (pourquoi l’avoir changé au moment même où le précédent commençait à devenir cool ?) à l’immonde – et très inconfortable – rénovation des intérieurs TGV par Christian Lacroix, en passant par les douteuses livrées des services low cost Ouigo et IZI, le fiasco est total. Le grand Roger Tallon doit bien se retourner dans sa tombe.

Que propose Monik ?

Ni plus ni moins que les principaux chantiers prévus par ledit schéma. Nous ajouterons à cela une révision urgente du calendrier des travaux Castor qui durent maintenant depuis vingt ans ainsi qu’une harmonisation complète des hauteurs des quais de la ligne, déterminante pour l’accueil éventuel d’un nouveau matériel roulant (voir ci-dessous). À l’homéopathie, Monik on Board préfère de loin les remèdes de cheval. Pour faire court, nous préconisons une fermeture pure et simple du tunnel central dans Paris pendant deux ans (les professionnels du secteur arguent qu’une telle fermeture en requerrait trois, mais de l’audace, toujours de l’audace !). Nos détracteurs nous opposerons l’infaisabilité d’une telle mesure. Pas si sûr. À Londres, la East London line a bien été fermée trois ans durant avant d’être remise en service à l’occasion de son intégration au réseau Overground.

Alors pourquoi pas à Paris ? Vous nous direz, le trafic n’est pas le même (490 000 voy./jour pour le RER C). Certes. Mais le report de ce dernier pourrait tout à fait s’effectuer sur la ligne 10 du métro au départ d’Austerlitz, au moyen de navettes de remplacement et de correspondances renforcées vers le tram et la ligne 14 à la gare de Bibliothèque François Mitterrand. Monik on Board milite également pour une refonte des missions du RER C qui, à dire vrai, n’est pas une ligne mais un réseau en soi. Les missions des trains doivent être écourtées, les branches limitées à deux par sens. Celles à destination de Dourdan et d’Étampes pourraient être assurés par des Transiliens rapides et directs au départ de Paris-Austerlitz. Réjouissons-nous, c’est dans cette optique que semblent travailler de concert le STIF et la SNCF. Mais patience, l’application du schéma directeur ne doit pas s’achever avant 2019 et la mise en service du tram-train Massy-Évry.

Quid du matériel roulant ?

Dans sa délibération du 30 mars dernier, le conseil d’administration du STIF a voté son budget pour l’année 2016. Il y prévoit, entre autres investissements, une enveloppe de 108 millions d’euros pour la rénovation de 54 rames (Z2N) de la ligne C financés à 50 % par le Stif. Bis repetita placent. Une commande d’envergure portant sur la rénovation totale du matériel roulant de la ligne semble être renvoyée aux calendes grecques. Dommage, car Monik on Board a plus d’une idée en tête : un matériel roulant à un (ou deux) niveau(x) avec intercirculation, emmarchement adapté aux hauteurs – uniformisées – des quais de la ligne, performances d’accélération et de freinage conformes aux exigences de l’exploitation et capacités d’emport élevées. De ce point de vue, les fameux « petits gris », heureusement réformés tant ils étaient devenus vétustes mais si décriés, n’étaient pas si inadaptés que cela. Monik on Board, elle, verrait bien rouler un matériel périurbain du type de ceux que l’on trouve en Grande-Bretagne (les matériels issus de la plateforme Aventra de Bombardier – commandés pour Crossrail et Overground – pour ne pas les citer). Réagencés aux fins d’une desserte urbaine dense, les Regiolis (Alstom) autant que les OMNEO (Bombardier) pourraient tout à fait faire l’affaire. À bon entendeur !

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